Coach professionnel et consultante, créatrice du cabinet Terre de sens, j'accompagne des personnes et des équipes dans leur désir de changement. Je partage sur ce blog des réflexions et questionnements éclectiques, à la faveur de mes lectures, rencontres, ou expériences. Claire Delepau
lundi 22 août 2011
Et si nous osions l'optimisme? Billet d'humeur pour la rentreé
Voici que, alors que nous attendions l'été (je parle pour les Français restés en France) - je veux dire le vrai, avec sa chaleur journalière et ses douces soirées- à nouveau la menace des marchés et des agences de notation nous assaillait de toute part, jusque dans notre quotidien, sur la plage ou au café, à la une des radios et des journaux. Probablement les vacances et l'état de prise de distance ou de légèreté induite par le - certes léger- chatoiement du soleil sur nos orteils ont-ils atténué la panique potentielle des vacanciers (je ne parle évidemment du monde à part des Traders). Pourquoi? Parce qu'à ce moment là, nos regards se tournaient ailleurs, notre attention étant attirée par du beau, du bon, du vrai, des sensations plus ou moins fortes mais du moins nous reliant à la vie, dans ce qu'elle a de plaisant, de séduisant, de bon. Il me semble que nous gagnerions , en cette rentrée, à inviter l'été - au sens figuré car au sens propre il est enfin là! - et à réenchanter notre quotidien par des choses somme toute assez simples. Il s'agit avant tout d'aiguiser notre regard, de porter notre attention sur les éléments qui nous réjouissent plutôt que sur ceux qui pourraient nous inquiéter, sans pour autant nier ces derniers. C'est une question de posture. Un choix. Une philosophie. Il m'arrive de penser que lorsque j'aurai 90 ans, je regarderai derrière moi et contemplerai ma jeunesse d'alors (jusque 89 ans?) me demandant si j'ai vraiment vécu et savouré, le plus possible, la chance inouïe, car tellement improbable (statistiquement), de vivre. Si le vivant cherche toujours à persévérer dans son être, c'est, probablement, que l'élan de la vie est plus fort que tous les obstacles qui se présentent sur son chemin (ceci explique-t-il pourquoi l'Univers est en expansion?). Se réjouir de la vie, d'être vivant, de sentir, voir et contempler, voilà ma proposition pour une rentrée un peu plus désirable que celle que les médias nous proposent. La chute des cours, les offensives, l'insécurité : les forces de destruction font la une. Bien qu'il faille s'en informer et s'indigner, remettre un peu de joie, d'espoir au programme ne serait qu'un juste rééquilibrage. Parlons de ces entrepreneurs qui changent le monde, des artistes qui nous font regarder le monde autrement, de ces femmes et ces hommes qui agissent, souvent avec peu, modestement mais sûrement. Des hommes et des femmes héros du quotidien, à la Une. De l'humain, un zest "d'ailleurs" qui ne soit pas synonyme de lutte mais aussi de solidarité et de paix. Le négatif de nos journaux actuels, qui reste dans l'ombre et pourrait nous éclairer. Une autre vision du monde que celle d'un monde qui va mal, qui d'ailleurs paralyse plus qu'elle ne donne envie d'agir. Et c'est probablement animés de joie et d'espoir que nous serons le mieux à même de faire face à nos défis quotidiens ... et planétaires pour les plus ambitieux.
Voici une vidéo d'une interview de Gilles Deleuze (Philosophe) sur la joie, transmise par un ami en réaction à cet article :
mardi 3 mai 2011
Petits exercices de prise de hauteur
Penser : être conscient, pouvoir choisir, exercer un sens critique, s'interroger, se sentir responsable, autant de caractéristiques du supposé "propre de l'homme" qui me semble largement mis à mal aujourd'hui. Et pouvoir exercer son esprit critique, se révèle parfois
un exercice délicat car le critique est souvent un empêcheur de penser en rond...De ceux qui permettent aux hamsters de regarder la roue plutôt que de courir à l'intérieur, de prendre du recul, bref de s'extraire. Et pendant ce temps la roue est à l'arrêt; cela ne peut pas plaire à tout le monde! Et justement il ne s'agit de plaire! Mais d'oser penser. Penser les conséquences. Un peu plus loin que demain, parfois à dix, vingt ans quand la tyrannie de l'urgence et le culte du résultat immédiat nous canalisent dans l'action, c'est un beau défi. Je n'ai pas de solution miracle mais ma philosophie modérée du petit pas m'amène à vous proposer 3 petits exercices de prise de hauteur. Le premier pas c'est de s'extraire de l'action et de la situation, de prendre un peu de recul. Au sens propre et au sens figuré. Changez de place, bougez, sortez du bureau ou installez vous confortablement et exercez-vous à la prise de hauteur... sans avoir le vertige...
2. Ma vie mon œuvre. Confortablement installé dans une salle de cinéma, vous êtes le spectateur d'un film unique en son genre, celui de votre propre vie, de votre histoire, votre trajectoire. Arrêt sur image sur des moments essentiels, forts, beaux, parfois difficiles, fondateurs. Enfance. Adolescence. Jeune Adulte. Adulte. Maturité. Le film se termine sur un note porteuse d'espoir pour l'humanité (Je ne suis pas tellement pro cinéma hollywoodien attaché au happy-end, mais là c'est pour la bonne cause... Vivre bien). Prenez un bloc notes, un journal intime si vous en disposez et inscrivez ce que cet exercice vous inspire, les moments clés, les tournants et la morale de l'histoire.
3. D'homo sapiens à homo economicus et demain peut-être ecologicus?
Représentez-vous l'histoire de l'humanité et envisagez un instant un instant l'hypothèse que la vie humaine sur terre ne soit pas apparue, qu'elle soit purement contingente (c'est à dire qui aurait pu ne pas être).... Aurions-nous pu ne pas être? C'est pour moi, LA question la plus vertigineuse... Mais nous sommes là, produits de l'évolution. Tant d'évolution, de luttes pour l'émancipation, de régressions certes aussi hélas, pour arriver là, aujourd'hui, en 2011.
Si vous aviez un seul message à faire parvenir aux générations futures, quel serait-il?
NB : Pour prolonger le voyage cosmique je vous recommande Discours sur l'origine de l'Univers de l'astrophysicien renommé Etienne Klein, chez Flammarion
* Pierre Hadot, N'oublie pas de vivre, Goethe et la tradition des exercices spirituels. Editions Albin Michel, Bibliothèque Idées p87
mardi 4 janvier 2011
Du commencement
mercredi 20 octobre 2010
Difficile liberté

Dans l'histoire de l'humanité, l'homme a visiblement cherché à dépasser les limites qui lui étaient imposées par sa fragile condition. Depuis Descartes et les Lumières, le désir d'autonomie et d'émancipation est devenu un idéal humaniste, celui de voir l'homme libre de penser et de s'affranchir de la nature et des traditions. Quelques siècles plus tard, cette autonomie peut s'avérer difficile à vivre. Les institutions traditionnelles (Etat, famille, église) ont perdu leur pouvoir structurant et l'individu se retrouve seul, sans repère a priori. Seul, il doit "tout choisir et tout décider ", selon l'expression du sociologue Alain Ehrenberg. Pour ce dernier, l'injonction contemporaine d'être soi même génère parfois un fardeau insurmontable, insupportable pour différentes raisons objectives et/ou subjectives. La dépression omniprésente dans nos sociétés occidentales et notamment en France apparaît d'ailleurs comme l'un des symptômes de cette responsabilité accrue ressentie par l'individu. Serions nous donc aujourd'hui parvenus au paroxysme de l'autonomie mais aussi peut-être de notre humanité?
En effet, fatigués d'être eux-même, certains rêvent d'une post-humanité qui ne souffrirait plus ni moralement ni physiquement. Ainsi la post-humanité nous délivrerait elle de la peur de la mort puisque le post-humain serait éternel et que nos insuffisances seraient gommées grâce à des implants de micro-ordinateurs (cf les publications de Rail Kurzweil sur l'humanité 2.0 et 3.0) ou grâce aux neurosciences!
Mais, définitivement arrachés à la nature, débarrassés des limites que notre biologie nous impose, serions nous alors plus heureux? Rien n'est moins sûr... En revanche moins humains cela me semble évident si l'on considère la condition humaine comme intrinsèquement liée à la finitude.
Le post-humanisme : Mythe ou réalité?
Jean-Michel Besnier, dans son ouvrage, Demain les Posthumains, décrit très précisément à la fois le développement de ce courant de pensée du Posthumanisme mais également cette réalité - qui génère un certain malaise à la lecture de ce livre car ce n'est plus de la science fiction! - avec l'invention des robots, des cyborgs (mi-homme mi-robot) et du clonage. Corrélativement, il expose les problèmes éthiques qui se posent à nous. Ainsi "que répondre à qui soutient que l'évolution ayant laissé développer une espèce, l'humain, capable de penser et de manipuler son environnement, il n'est pas étonnant que cette espèce, l'humain, veuille désormais manipuler et améliorer son propre design?" "Que répondre à qui vous dit que par peur de la mort et par découragement devant ses faiblesses, il est prêt à se déposséder de ce qui le fait homme et qu'il mise pour cela sur le pouvoir techno-scientifique disponible?" s'interroge Jean-Michel Besnier... Que seriez vous tentés de répondre?
Le sujet est complexe et l'on voit bien que les réponses simples sont nécessairement réductrices. Ne cherchons nous pas depuis toujours à maintenir et protéger la vie et à lutter contre la souffrance? Mais jusqu'où peut-on, doit on aller et qui peut en décider? Sommes nous libres de transgresser toutes les limites? Ou bien plutôt esclaves d'une culture du "no limit"?
Notre besoin de consolation
Alors, face à la souffrance et à notre besoin de consolation, peut-on, doit-on aujourd'hui tout attendre de la science? C'est la question posée par Julie Bérés et par la toute nouvelle création de sa Compagnie Les Cambrioleurs "Notre besoin de consolation"(cf image des clones ci-dessus) qui se joue actuellement à l'Hexagone de Meylan et commence tout juste sa tournée en France. On y voit le parcours d'un journaliste, K, qui interroge l'évolution de la Science, de la génétique, du clonage, de la fabrique de l'humain. Réflexions philosophiques, interviews et enquête menés par la compagnie pendant plus d'un an et demi ont abouti à cette pièce originale, à la mise en scène et aux effets spéciaux (sujet oblige?) mettant en lumière les frontières mouvantes entre présent et futur, fiction et réalité de l'humain. A voir absolument si vous le sujet éveille en vous de l'intérêt!
Sans parti pris, Notre besoin de consolation met en scène des humains face à des choix qui ne sont pas dictés par la morale mais par le désir ou la nécessité de vivre voire de survivre. La question de la marchandisation de l'humain et la marque de fabrique d'une société de consommation qui pousse jusqu'à choisir les gènes de sa future progéniture sur catalogue, sont omniprésentes. L'eugénisme n'est pas loin du post-humain.
Ce que tout cela m'inspire :
Il me semble que l'homme cherche à se débarrasser de la contingence, du hasard qui fait la vie, du chaos parfois de la vie. Mais que serait l'homme débarrassé du hasard? Que serait l'homme dépourvu de fragilité? Serait-il encore humain? Encore libre? La fragilité ne représente-t elle pas ce que nous avons de plus humain? Sans elle que deviendraient la solidarité, le partage, l'entre-aide ? Je n'ose l'imaginer! Alors, Jean-Michel Besnier à la question de votre livre "Le futur a t il encore besoin de nous?" je réponds définitivement oui, le futur a besoin que l'homme conçoive une éthique de la limite et un projet humaniste associé.
Pour aller plus loin :
"Demain les Posthumains, Le futur a t il encore besoin de nous?" Jean-Michel Besnier, Fayard, juin 2010
"La fatigue d'être soi, Dépression et société", Alain Ehrenberg, Odile Jacol, 1998
"Notre besoin de consolation", Compagnie les Cambrioleurs http://www.lescambrioleurs.fr/
Retrouvez également Jean-Michel Besnier, conférencier lors des Rencontres Philosophiques d'Uriage de septembre 2010 "Les promesses du futur" sur Philosophie TV : http://philosophies.tv/spip.php?rubrique92
samedi 28 août 2010
Eloge de la lenteur

"Rentrée tout va trop vite!", titrait le monde magasine du 24 août, faisant ainsi référence à l'ouvrage du sociologue Hartmut Rosa, "'Accélération". En cette rentrée, le la est donné "Nous n'échappons pas à l'accélération". Est ce là une vérité incontestable? Probablement. Et c'est en tout cas ce qu'affirme ce sociologue allemand déclarant qu'il est "impossible d'y résister"... Serions nous donc condamnés à courir après le temps?
"Nous disposons aujourd'hui de plus de temps que nos ancêtres et pourtant le temps manque" déclare Patrick Viveret, philosophe, dans la préface du livre de Pascale d'Erm "Vivre plus lentement".
Le sujet n'est pas nouveau, il est dans l'air du temps, d'une époque, que Nicole Aubert, sociologue et psychologue, caractérise par son "culte de l'urgence" ambiant. Un culte de l'urgence qui enivre, exalte et stimule certains, en fait déprimer et vaciller d'autres. Internet et ses mails, les blackberrys, portables et autres outils de communication en temps réels ont fortement accéléré l' instantanéité de l'accès à l'information, la possibilité de tout avoir à porter de mains, d'abolir les frontières spatiales et temporelles en un clic. Selon Nicole Aubert, ces techniques impactent profondément nos comportements et nos attentes dans le sens du court-terme et de l'addiction à la vitesse. Et dans l'immédiateté du clic, la prise de recul décroit à mesure que le pouvoir hypnotique de la vitesse croît.
Pour contrer ces tendances sociétales fortes, des îlots, idéaux et mesures de ralentissement émergent un peu partout, encore discrètement... Et il me semble urgent de s'y intéresser...car les modes de vies prônés et incarnés laissent place à la vacance, à la disponibilité mentale, au temps retrouvé, au goût du travail bien fait, aux liens, à une certaine mesure, et je ne crois pas qu'il y aie de ressources "primaires" plus essentielles au développement durable ou plutôt soutenable de notre planète.
Les slow cities - Les villes lentes
C'est dans le pays de la Dolce Vita que naquit en 1999, dans une petite ville toscane, Greve in Chianti, le réseau des villes lentes ( http://www.cittaslow.org/). Depuis, une centaine de villes dans le monde ont entamé leur révolution lente. Leur objectif ? Promouvoir l'art du bien-vivre. Le point de départ de ce mouvement est également né en Italie avec le mouvement Slow food (http://www.slowfood.com/) initié pour protester contre l'installation d'un fast food en plein cœur de Rome. Le mouvement encourage le retour aux valeurs de la cuisine locale, du terroir, de la qualité, du goût, du temps de la pause déjeuner... Orvieto, en Italie, est une ville emblématique de ce mouvement de villes qui favorisent la qualité de vie et la lenteur urbaine en privilégiant le développement des espaces piétons, des terrasses de cafés et des commerces de proximité et de produits locaux.
Le slow design
Les artistes proches de cette tendance cultivent leur "tempo créateur", en réaction à la rapidité excessive de la production d'œuvres standardisées. "Le plaisir est dans le processus [de création], cela permet d'avancer, de se connaitre, de laisser s'opérer un phénomène de décantation, essentiel pour laisser émerger les vraies bonnes idées" explique Patrick Jouin, créateur des Vélib's, dans l'ouvrage "Vivre plus lentement" de Pascale D'Erm. Les valeurs de ces artistes : l'authenticité, la simplicité, le naturel.
La marche : une philosophie de la lenteur
C'est la proposition de Frédéric Gros. "Marcher n'est pas un sport"... ainsi commence son essai "Marcher, une philosophie". En marge de la performance, de la technique et du chronomètre, Frédéric Gros nous invite, sur les pas de Rimbaud, Rousseau et bien d'autres, à retrouver, par la marche et la randonnée, l'essentielle liberté. Car en marchant, nous dit il, on se déleste de ses soucis et a fortiori dans une marche de plusieurs jours, "on se libère du carcan des habitudes"...
Demain l'entreprise lente?
Le Slow management... plus anciennement nommé "management by walking around", MBWA, vient de faire son apparition. L' idée, si elle n'est pas récente, n'en demeure pas moins essentielle. Présenté par Dominique Steiler, John Sadowsky et Loïck Roch dans leur essai "Eloge du bien-être au travail", le slow management remet au goût du jour un basique du management - et de la vie en société me semble t-il- : l'écoute. Entre autres prescriptions des auteurs à l'endroit des managers : sortez de votre bureau, dégagez du temps pour, par exemple, prendre un café avec vos collaborateurs, prendre le "pouls" de vos équipes et "comprendre ce qui se passe dans leurs têtes". Certes le dernier point me parait très ambitieux voire présomptueux mais je rejoins les auteurs sur la nécessité en la matière, comme dans bien d'autres d'ailleurs, de revenir sur l'essentiel...
Alors quelle est donc ma conclusion? Urgent de ralentir? Ce serait alors une injonction bien paradoxale! C'est à dire une demande qui vous place devant une situation insoluble car elle porte en elle deux contraintes qui s'opposent, une double contrainte. Il est d'ailleurs intéressant d'observer, comme le fait Bertrand Meheust dans "la politique de l'oxymore", que ces figures de styles rassemblant des termes très éloignés voire opposés que l'on nomme oxymore prolifèrent dans notre société contemporaine: flexisécurité, développement durable, moralisation du capitalisme... Ces oxymores sont l'expression des tensions que notre société traverse et engendre et des équations insolubles qu'elle tente de résoudre.
Donc, ma conclusion : les journées ont toujours 24h, ce n'est pas le temps qui s'accélère c'est le nombre de choses que nous voulons ou que l'on nous demande de faire en une journée qui augmente! Et c'est là que cela se complique... Nous ne pouvons pas agir sur le temps. Mais nous pouvons agir. En opérant un tri sélectif dans nos priorités afin de nous concentrer sur l'essentiel. CQFD. Mais au fait, l'essentiel ... c'est quoi pour vous?
Pour aller plus loin:
"Vivre plus lentement", de Pascale D'Erm , Les éditions Ulmer, avril 2010
"Eloge du bien-être au travail", de Dominique Steiler, John Sadowsky et Loïck Roch, Presse Universitaire de Grenoble, avril 2010
"Accélération" de Hartmut Rosa, La découverte, avril 2010
"Marcher une philosophie", de Frédéric Gros, carnetsnord, 2009
"La politique de l'oxymore" de Bertrand Meheust, La découverte 2009
"Le culte de l'urgence, la société malade du temps", Nicole Aubert, Flammarion, 2003
dimanche 10 janvier 2010
Plus que jamais, soyons le changement que nous voulons pour le monde
Et dans un monde où nous sommes désormais tous interdépendants, les crises n'ont plus de frontières, qu'elles soient économiques, politiques, sociales, sociétales, existentielles. La liberté des uns encourage celle des autres. Les révoltes en Iran et le souffle de la liberté qui s'exprime dans la rue nous parviennent en images, en messages; des films libertaires comme Les chats persans, de Bahman Ghobadi en témoignent, dépassant la censure pour arriver, pour notre plus grand bonheur, sur nos écrans. Partout dans le monde, des individus osent être différents, manifestent au péril de leur vie, or"là où croît le péril croît aussi ce qui sauve" (Holderlin). Plus notre planète est menacée, plus ses forces vives s'agitent. Et nous sommes de ses forces!
Il n'y a pas de frontière immuable, il n'y a que des murs visibles ou invisibles qui nous séparent les uns des autres et parfois de nous mêmes. Nous avons fêté en 2009 les 20 ans de la chute du mur de Berlin... Il reste tant de murs à faire tomber! Des murs de pierre, d'incompréhension, d'indifférence... Et tant de mains à tendre.
Alors pour 2010, je souhaite plus que jamais que nous soyons le changement que nous voulons pour le monde : plus uni envers nos concitoyens du monde, plus uni et aligné avec nous même .
En 2010, je vous souhaite de faire tomber des murs, d'escalader des barrières, franchir des obstacles ou tout simplement d'ouvrir une nouvelle porte...
Le temps des crises, Michel Serres, Editions Le Pommier
Eloge de la métamorphose, Edgar Morin, http://www.lemonde.fr/opinions/article/2010/01/09/eloge-de-la-metamorphose-par-edgar-morin_1289625_3232_1.html
dimanche 27 décembre 2009
Réussir sa vie : une architecture invisible?
Mais au fait cela pourrait vouloir dire quoi « réussir sa vie » ? Réussir un examen d'accord mais réussir sa vie... Peut on échouer à l'examen de la vie pour lequel le manuel n'est pas fourni au départ?
L’idéologie gestionnaire (selon la terminologie de Vincent de Gauléjac) et son corollaire, le culte de la performance , est partout… Comme une architecture invisible (cf les travaux de Jean François Noubel), elle agit sur nous inconsciemment. L’importance que cette impératif de gestion et de réussite a pris dans nos vies dépasse largement le cadre professionnel. Si nous devenons les gestionnaires de nos vies, nous pouvons alors nous demander qui est en train de vivre notre vie pendant que nous la gérons ?
Alors le sujet ne serait il pas plutôt : vivre ou ne pas vivre sa vie? Vivre sa vie sans la perdre et sans se perdre ? Voilà un sujet qui me paraît plus essentiel. A partir de quand est ce que je renie ce que je suis, mes valeurs, mes motivations profondes pour « réussir dans la vie ? » Pour....quoi, finalement ? Faut-il attendre le point de non retour pour répondre à cette question ? Évidemment, ma question est une invitation à cheminer, à ouvrir des portes... Et comme les fruits qui tombent à maturité, les réponses finiront par émerger de ce terreau fertile qu'est le questionnement. Une invitation à vivre sa vie plutôt que de chercher à la réussir.
Pour aller plus loin :
Sur la notion d'architecture : http://www.thetransitioner.org/Intelligence_Collective_Revolution_Invisible_JFNoubel.pdf
Vincent de Gauléjac "La société malade de la gestion"

